Vous avez repéré un crédit « à seulement 1,5 % » et vous vous dites que c’est une affaire en or ? Attendez deux minutes. Si vous ne savez pas faire la différence entre taux de crédit et TAEG, vous risquez de payer bien plus cher que prévu. Un peu comme ces billets d’avion à 9 €… qui finissent à 89 € une fois les « frais divers » ajoutés.
En matière de prêt, le vrai coût n’est pas dans le taux mis en avant sur l’affiche, mais dans celui qui est écrit en plus petit : le TAEG. C’est lui qui vous dit si vous avez vraiment fait une bonne affaire… ou pas.
Dans cet article, on va décortiquer ensemble la différence entre taux de crédit et TAEG, et surtout comment les utiliser pour comparer les offres et éviter les pièges marketing.
Le taux de crédit, ce n’est que la partie visible de l’iceberg
Quand une banque vous propose un prêt, elle met généralement en avant un chiffre : le « taux d’intérêt ». On parle aussi de taux nominal. C’est ce taux qui sert à calculer les intérêts que vous allez payer sur le capital emprunté.
Par exemple, si vous empruntez 200 000 € sur 20 ans à un taux de 2 %, les intérêts sont calculés sur cette base de 2 % (avec amortissement au fil des années, bien sûr). Mais ce n’est pas le seul coût de votre crédit.
Le problème, c’est que ce taux ne prend pas en compte :
- les frais de dossier,
- l’assurance emprunteur,
- les frais de garantie (hypothèque, caution),
- éventuellement certains frais annexes (courtier, ouverture de compte, etc.).
Résultat : se baser uniquement sur le taux nominal pour comparer des crédits, c’est comme choisir une voiture uniquement sur la couleur sans regarder le moteur ni la consommation.
Le TAEG : le thermomètre du vrai coût de votre crédit
Le TAEG, c’est le Taux Annuel Effectif Global. C’est lui qui doit vous intéresser en priorité. Pourquoi ? Parce qu’il inclut (en principe) tous les coûts obligatoires pour obtenir votre prêt.
Concrètement, le TAEG comprend :
- le taux d’intérêt nominal,
- les frais de dossier,
- les frais de garantie (hypothèque, privilège de prêteur de deniers, caution…),
- l’assurance emprunteur obligatoire, si elle est exigée par la banque,
- les frais de courtage si le recours au courtier est imposé par la banque,
- éventuellement d’autres frais incontournables liés à la mise en place du crédit.
Le TAEG est exprimé en pourcentage annuel, comme le taux d’intérêt, mais il reflète le coût global du crédit. C’est l’outil officiel pour comparer les offres entre elles, quelles que soient les petites subtilités commerciales.
Autrement dit : le taux de crédit, c’est l’affiche publicitaire. Le TAEG, c’est la ligne en bas de la facture.
Crédit immobilier, crédit conso : même combat, mêmes règles
Que vous souscriviez un crédit immobilier, un prêt auto, un crédit travaux ou un prêt personnel, la banque a l’obligation légale d’afficher le TAEG dans ses simulations et contrats. Ce n’est pas un bonus, c’est un droit du consommateur.
La seule nuance : pour le crédit immobilier, on parle parfois de TAEG « immobilier », mais la logique reste la même. Pour le crédit à la consommation, la réglementation est encore plus stricte sur la manière de calculer et d’afficher ce taux.
Dans tous les cas, si vous ne voyez pas le TAEG sur une publicité, un devis ou un contrat, alerte rouge : soit l’offre n’est pas claire, soit elle n’est tout simplement pas conforme.
Un exemple concret : même taux d’intérêt, coût final très différent
Imaginons deux banques, A et B, qui vous proposent un crédit immobilier de 200 000 € sur 20 ans, à un taux nominal identique de 2 %.
Banque A :
- Taux nominal : 2 %
- Assurance emprunteur : 0,35 % du capital emprunté par an
- Frais de dossier : 800 €
- Frais de garantie : 3 000 €
- TAEG : 2,6 %
Banque B :
- Taux nominal : 2 %
- Assurance emprunteur : 0,15 % (délégation d’assurance moins chère)
- Frais de dossier : 300 €
- Frais de garantie : 2 000 €
- TAEG : 2,25 %
À première vue, les deux offres semblent identiques : même taux nominal. Mais le TAEG de la Banque B est nettement plus bas. Résultat : sur 20 ans, la différence peut représenter plusieurs milliers d’euros. Pour un taux identique, vous pouvez payer beaucoup plus cher, uniquement à cause des frais annexes et de l’assurance.
C’est exactement pour ça que le TAEG existe : vous simplifier la comparaison sans avoir besoin de sortir un tableur Excel (même si, je vous connais, certains d’entre vous le feront quand même).
Pourquoi les banques mettent en avant le taux nominal et pas le TAEG ?
Tout simplement parce que le taux nominal est plus « sexy ». Dire « crédit à partir de 1,5 % » est plus vendeur qu’afficher un TAEG à 2,3 %. Et pourtant, c’est ce second chiffre qui compte réellement pour votre portefeuille.
Certains établissements jouent parfois sur cette confusion pour :
- attirer avec un taux nominal bas,
- mais compenser avec une assurance emprunteur coûteuse,
- et des frais de dossier ou de garantie plus élevés.
En ayant le réflexe TAEG, vous inversez le rapport de force. Vous voyez tout de suite si l’offre est réellement compétitive ou si la banque essaie de « se refaire » sur les frais annexes.
Ce que le TAEG inclut… et ce qu’il n’inclut pas toujours
Le TAEG est très pratique, mais il n’est pas magique. Il obéit à des règles précises, et certains coûts peuvent ne pas y figurer selon les cas.
En principe, le TAEG doit inclure tous les coûts :
- connus au moment de l’offre,
- obligatoires pour obtenir le crédit,
- et que vous ne pouvez pas éviter en choisissant un autre prestataire.
En revanche, le TAEG ne prend pas forcément en compte :
- les frais facultatifs (assurances optionnelles, garanties non imposées),
- les frais variables ou incertains (pénalités de remboursement anticipé, par exemple),
- certains frais liés à un choix libre de votre part (comme un courtier que vous décidez d’utiliser sans y être obligé).
Autrement dit, le TAEG donne une très bonne estimation, mais vous devez quand même jeter un œil au détail des frais pour vérifier qu’il n’y a pas de surprise cachée dans les petites lignes.
Comment comparer deux crédits comme un pro
Lorsque vous avez plusieurs offres sur la table, voici une méthode simple pour faire un choix rationnel.
1. Regardez le TAEG en premier
C’est votre indicateur principal. Entre deux crédits de même montant et même durée, le TAEG le plus bas est généralement le plus intéressant financièrement.
2. Comparez le coût total du crédit
Normalement indiqué noir sur blanc dans l’offre, c’est le montant total que vous aurez payé à la fin, intérêts et frais compris. Ce chiffre permet de visualiser clairement l’impact sur 10, 15 ou 20 ans.
3. Analysez l’assurance emprunteur
Dans beaucoup de dossiers, surtout en immobilier, l’assurance pèse lourd. Une banque peut proposer un taux nominal attractif mais une assurance très chère. Vérifiez :
- le taux d’assurance,
- le coût total de l’assurance sur la durée,
- les garanties (une assurance moins chère mais qui couvre mal n’est pas un bon plan).
4. Négociez ce qui peut l’être
Les frais de dossier et certains frais annexes sont souvent négociables, surtout si votre profil intéresse la banque (revenus stables, apport, bonne gestion de comptes). L’assurance peut aussi être mise en concurrence via la délégation d’assurance.
TAEG fixe, TAEG révisable : une nuance importante
Pour les crédits à taux variable ou révisable, les choses se compliquent légèrement. Le TAEG doit être calculé sur la base de l’hypothèse de départ, mais il ne pourra pas anticiper toutes les variations de taux futures.
Résultat : le TAEG affiché sur un crédit à taux variable n’est qu’une photographie à un instant T, basée sur les conditions initiales. Si les taux montent, votre coût réel pourra être plus élevé que prévu.
C’est une des raisons pour lesquelles, en période d’incertitude ou de remontée des taux, beaucoup d’emprunteurs privilégient les taux fixes : le TAEG reste alors une référence solide pour estimer le coût global.
Focus sur l’assurance : l’alliée invisible… ou l’ennemie cachée
Revenons un instant sur l’assurance emprunteur, parce qu’elle peut changer radicalement le TAEG.
Sur un crédit immobilier de longue durée, l’assurance peut représenter :
- jusqu’à 30 % du coût total du crédit, parfois plus,
- plusieurs dizaines de milliers d’euros sur 20 ou 25 ans.
Les banques ont longtemps profité de ce levier pour compenser des taux d’intérêt bas. Le taux nominal est attractif, mais l’assurance groupe (celle de la banque) est chère.
Avec la possibilité de recourir à une assurance externe (délégation d’assurance) et de changer d’assurance en cours de prêt, vous avez désormais une vraie marge de manœuvre pour faire baisser votre TAEG… sans toucher au taux nominal.
Les bons réflexes avant de signer un crédit
Avant d’apposer votre signature sous une offre de prêt, prenez le temps de vérifier ces quelques points :
- Le TAEG est-il clairement indiqué ? S’il n’apparaît pas ou s’il est difficile à trouver, méfiance.
- La durée du crédit est-elle cohérente avec vos objectifs ? Un taux bas sur une durée très longue peut au final coûter plus cher.
- Le coût total du crédit est-il supportable pour vous ? Ne regardez pas seulement la mensualité, mais le montant global remboursé.
- L’assurance a-t-elle été mise en concurrence ? Une simple comparaison peut réduire significativement votre TAEG.
- Les frais annexes sont-ils raisonnables ? Dossier, garantie, compte bancaire obligatoire… Tout doit être listé noir sur blanc.
Un emprunt, surtout immobilier, est souvent le contrat financier le plus lourd de votre vie. Passer une heure à analyser le TAEG et les frais peut vous en faire gagner plusieurs milliers.
Différence taux / TAEG : résumé en une phrase
Si on devait retenir une seule chose :
Le taux de crédit vous dit combien vous payez d’intérêts, le TAEG vous dit combien le crédit vous coûte vraiment.
Dès que vous voyez une publicité ou une proposition de prêt, posez systématiquement la question : « Quel est le TAEG ? » C’est le meilleur réflexe pour reprendre la main sur votre financement et ne plus vous laisser impressionner par les taux alléchants mais incomplets.
Comprendre la différence entre taux et TAEG, ce n’est pas seulement de la théorie financière. C’est un outil concret pour défendre vos intérêts, mieux négocier vos crédits et avancer, pas à pas, vers plus de liberté financière.
